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Internet et l’avenir du modèle de gratuité

Mercredi 12 décembre 2007

Pour les médias de l’internet, le modèle économique de gratuité est-il le seul pérenne? Les alternatives sont-elles viables? Différents modèles pourront-ils coexister? Questions fort débattues, mais pour lesquelles l’analyse des modèles économiques des vieux médias me parait assez capable de produire quelques nouveaux éclairages. L’alternative entre offres payantes et gratuites est une constante de leur histoire, et les modèles économiques de gratuité y sont depuis longtemps stabilisés.

Télévision et radios se sont orientées vers des modèles de gratuité en raison de la nature bien particulière de leur structure de coûts. Pour ces médias, le coût de production et de diffusion d’un bien est indépendant du nombre d’utilisateurs -en jargon d’affaire, c’est un pur coût fixe-. En situation de concurrence, rien n’empêche l’un des protagonistes d’abaisser son prix de vente pour supplanter ses rivaux en audience. Cela affectera immédiatement son chiffre d’affaire, mais sera probablement compensé par un public étendu et donc par des revenus publicitaires accrus.

Indépendamment des revenus payants et de la publicité, l’audience est toujours la clé du succès d’un média. Elle lui permet de rassembler des équipes plus qualifiées, accroit sa notoriété, lui apporte prestige, reconnaissance et influence. La concurrence effrainée pour l’audience amenant naturellement à la gratuité, on comprend que radios et télévisions se soient le plus souvent engagées dans cette voie. Les services payants n’y ont pas complètement disparus, mais ils se sont concentrés sur des publics spécialisés.

Les entreprises internet possèdent la même structure de coût que les radios et les télévisions. Il n’est donc pas étonnant qu’elles aient été jusqu’ici plongées dans un état de relative gratuité – celle-ci ne concerne d’ailleurs pas les marchands de biens physiques, pour lesquels internet n’est qu’un canal commercial, mais l’essentiel des activités proprement médiatiques du réseau: la réalisation, le partage, l’édition de contenus écrits, audios ou vidéos -.

Avec la nouvelle génération d’internet, deux facteurs sont pourtant susceptibles de remettre en cause ce modèle

  • La composante sociale du web 2.0. A la différence d’un simple contenu médiatique, un réseau social n’est pas replicable et ne peut donc faire l’objet d’une concurrence frontale (voir la loi des medias sociaux)
  • La composante participative du web 2.0. En produisant leurs contenus, les internautes deviennent plus exigeants et plus sélectifs vis-à-vis de leurs outils de production. Ils sont susceptibles de payer pour assurer la qualité de leurs propres création (voir la dynamique des contenus amateurs et professionels). Il suffit de penser aux offres payantes des plateformes de blogs et des différents services attachés.

Jusqu’à présent, la stratégie de Google à largement limité l’effet de ces tendances. Conscient que sa position centrale tient à la prééminence des revenus publicitaires – non sans paradoxe - et donc au modèle de gratuité, le géant d’internet a systématiquement développé des offres gratuites pour concurrencer tout nouveau produit internet susceptible d’échapper à la gratuité.

Les efforts quelque peu prédateurs du plus célèbre moteur de recherche du web – et surtout de sa première régie publicitaire – suffiront-ils à enrayer l’arrivée à maturité de la nouvelle génération d’internet? Il est permis d’en douter.

Le web perdra-t-il sa dynamique d’ouverture et de partage avec le développement de contenus payants? C’est presque inimaginable.

Le développement de l’internet social et participatif produit trop de richesses nouvelles et de manière trop décentralisée pour qu’un système de rémunération direct de ces richesses ne se puisse développer, et donc que le modèle actuel d’apparente gratuité y demeure hégémonique.

Les véritables questions portent donc sur le tempo et sur la nature des systèmes de rémunération qui s’ajouteront au modèle de gratuité. Nul doute qu’ils ne préservent l’ouverture du web, car c’est la condition même de leur succès. Nul doute qu’ils ne fassent eux-même l’objet d’une grande créativité.