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L’exigence politique et la pratique du pouvoir

Mercredi 5 décembre 2007

N’exigerait-on pas plus des hommes politiques de gauche que de ceux du centre, plus de ceux du centre que de ceux de la droite?

Pour une même pratique du pouvoir -un individualisme radical se traduisant en autoritarisme forcené- les trois grands candidats de la dernière présidentielle semblent bien différemment traités. On s’habitue à l’absolutisme de Sarkozy, et ses opposants même paraissent se lasser de le dénoncer. On décortique le centralisme de Bayrou, et ses partisans ne sont pas les derniers à le déplorer. On dénonce enfin l’individualisme sans borne de Royal, et les tirs viennent de tous les camps: amusés, dépités, parfois très calmement et très précisément appliqués.

Il ne faut pas voir là l’effet des habituelles déformations médiatiques, de leur respect du pouvoir et de leur mépris de l’opposition. Moins encore –faut-il le préciser?- l’effet de cette immense conspiration éléphanto-machiste dans laquelle Royal croit vivre sa destinée. Il faut voir là quelque chose d’essentiel, qui tient au sens même de la politique.

Quelque écart que ces habiles jongleurs que sont les politiques mettent entre leurs discours et leur manière de diriger, ils ne se peuvent complètement extraire des valeurs de leur camp.  On n’est pas plus exigeant à gauche qu’à droite, mais on l’est selon des principes et des critères différents. Ici, on loue l’individu, on minimise l’importance des groupes, des classes, des collectivités. Là, on voit d’abord la société comme collectivité. Rien d’étonnant que les politiques de gauche s’appuient tant sur les associations, les collectifs, les mouvements: ils sont consubstantiels aux principes de gauche. Par delà les mots et les discours apparents, ils sont des réflexes quotidiens, des critères de jugement immédiat, des formes naturelles d’action et de réflexion.

Sarkozy, Bayrou et Royal ont des comportements politiques presque aussi hiérarchiques les uns que les autres, presque aussi verticaux, presque aussi peu collectifs. C’est que leurs valeurs profondes, leurs réflexes et leurs modes d’action, ils appartiennent tous profondément aux traditions de droite dans lesquelles ils ont été éduqués.

Ce ne sont donc pas leurs travers que l’on juge différemment, mais leur faculté, dans la pratique, de véritablement incarner leur camp.