Articles avec le tag ‘Actualité’

De la nudité

Mercredi 16 janvier 2008

D’érotisme ou non mêlée, il semble que la nudité ne perde jamais cet étonnant pouvoir de surprendre, de provoquer, de déstabiliser. L’époque, le contexte ou le média ne font rien à l’affaire. Toutes et tous ont leur chance. Après Carla Bruni ou Laure Manaudou, c’est le grand retour de… Simone de Beauvoir nue.

Si la bien innocente photo a peu de chance de provoquer les tornades de buzz de ses illustres devancières, elle agite à nouveau la discussion blogo-médiatique. Quelle merveille que de voir les coalitions tartuffières s’armer pour attaquer une paire de fesses du siècle dernier! Quelle chose remarquable qu’une rédaction entière se mobilisant pour la défendre et l’illustrer!

Quelle chance après tout, que ni l’habitude ni la répétition n’ôtent jamais cet étonnant pouvoir qui est celui de la nudité.

2008, année de la nouveauté!

Vendredi 11 janvier 2008

Une excellente année à tous, lecteurs occasionnels ou participants réguliers de ce carnet.

Que vous souhaiter? Une seule chose en ces temps emmitouflés, vous souhaiter à tous la fraicheur sans apprêt de la nouveauté.

Pourquoi la nouveauté? C’est qu’après de longues vacances hivernales, des vacances rêveuses, paresseuses, enneigées, après de longues vacances de carnet, je crois retrouver le tintamarre politiquo-médiatique au point précis où l’avait laissé un dernier billet, comme un éternel retour en accéléré. Le bal des grands et petits médias à l’air perpétuellement figé, il parait s’assoupir des mêmes comptines, des mêmes secrets déliés et reliés, il donne l’impression de se jouer des mots et des controverses, pour toujours se replier sur lui-même, tourbillon frénétique, immobile de sa propre mobilité.

Alors pourquoi la nouveauté? Parce qu’au cœur du tourbillon médiatique se trouvent les indices d’une transformation profonde, inéducable, vivifiante. Parce que cette transformation, ce que j’appelle avec d’autres la démocratisation, est source de couleurs, d’invention, de partage, d’optimisme renouvelé. Parce que les grands mouvements technologiques et sociaux révèlent jour après jour des horizons nouveaux, des aventures inédites, des occasions pour tous d’y participer.

2008 année de la démocratisation? Elle serait plutôt affaire de décennies et ne se laisserait pas enfermer dans le temps court d’une année. 2008 plus modeste donc, mais peut-être pas moins inventive.

2008, année de la nouveauté!

Les nouvelles photos de Carla Bruni et de Nicolas Sarkozy…

Lundi 17 décembre 2007

..ne sont bien sûr pas sur ce carnet.

- Les commentaires? Pas plus

- La stratégie de Sarkozy? J’en avais parlé

- La collisation des médias pepoles et des médias politiques? Mon avis reste ici

- Des liens vers d’autres carnets? Rien d’explicite, de sérieux, d’approfondi, de favorable ou de défavorable que vous n’ayez certainement déjà trouvé

Non, non, pas de curiosité sur un déjà si vieux sujet, si ce n’est celle des visites qu’un aussi joli titre sont suceptibles d’égarer…

Des mœurs médiatiques: tradition et nouveauté

Lundi 19 novembre 2007

L’intervention d’un président de la république dans la nomination du directeur d’un grand quotidien surprendra surtout ceux que de tels sujets n’ont jamais intéressé. Le très bon récit de Rue89 sur l’implication de Nicolas Sarkozy dans le choix de la direction des Echos ne présente donc pas tant d’intérêt par ce qui est révélé que par la manière dont la révélation est faite, par les canaux de diffusion qu’elle a trouvé et par les commentaires qu’elle suscite et va susciter.

Dans l’organisation médiatique traditionnelle, un petit nombre de personnes détient l’essentiel des leviers de commande sur l’administration, le monde économique et les organes de presse. Les interdépendances entre questions politiques, économiques et industrielles imposent à chacun de se préoccuper des changements survenus chez les autres. De nombreux canaux discrets permettent de se faire entendre, de pousser ses candidats, de s’adapter aux nouveaux rapports de forces. Dans un tel contexte, commun à l’ensemble des pays industrialisés, l’intervention d’un président dans l’univers médiatique peut prendre différentes formes et différente voies, mais son indifférence est tout moins qu’assurée.

Ainsi, dans l’organisation médiatique traditionnelle, le récit de Rue89, à la fois trop lointain du quotidien du public et trop proche de celui des journalistes, n’aurait pas été jugé digne d’investigation, de commentaire, de diffusion. Au plus, l’histoire aurait suscité quelques fines allusions d’éditorialistes madrés, quelques échos allusifs ou codés, quelques frissons connaisseurs entre initiés. Quand bien même un grand média l’aurait diffusé, l’article n’aurait pu susciter d’échos, de commentaires, d’approfondissement. Dans une organisation pyramidale, bien peu de gens ont à la fois l’envie et la capacité d’analyser les bouleversements du sommet.

Ce n’est donc pas l’intervention du président de la république dans une nomination bien éloignée de ses responsabilités officielles, ni même son implication personnelle dans ce qu’on aurait traditionnellement laissé faire à un conseiller, qui présentent en soi une nouveauté. C’est l’extension de la discussion publique vers ce sujet.

En prenant place aux cotés des médias traditionnels, les médias issus d’internet élargissent considérablement l’espace des débats. Ils portent la question au cœur des intérêts croisés entre information, politique et économie. Ils ouvrent un vaste champ d’investigation et de réflexion, qu’il faut, par delà l’anecdote du jour, ne pas se lasser de comprendre ni d’explorer.

S’il est poursuivi et mené à bien, nul doute alors que ce renouvellement des moeurs médiatiques n’engendre de formidables opportunités de démocratisation et de progrés.

Les polaroids du président

Samedi 27 octobre 2007

Régimes spéciaux, grève, divorce, Maroc, Rafales, Alstom, Grenelle, Ecotaxe,… Amorces, entames, rodomontades, déclarations, transitions…

Clichés sur clichés, l’actualité présidentielle est une succession de polaroids en accéléré. 

Toutes les radios et les télévisions relaient les nouveaux objectifs du champion des ruptures, le regard fier, le courage inflexible… La pose est prise. Le cliché diffusé. Pourquoi s’attarder des lors? Pourquoi faire vivre un débat, une discussion, une véritable question? Les sous-ministres compétents feront voter des lois mal ficelées plus tard…

Quelle importance puisque la pose est prise et puisque le cliché est diffusé? L’image disparaitra quelque jour plus tard, effacée par la complexité du monde vrai. Quelle importance? De nouveaux polaroids auront succédé au premier. Des polaroids encore quand ses derniers se seront envolés…

Les vieux médias aiment tant gloser sur les faiblesses supposées d’internet. Ayons a notre tour une pensée émue pour ces géants sans mémoire, prisonniers d’un nouveau président déjà vieux, capables de diffuser tant d’images et si vite, incapables de les faire vivre, condamnés à faire se succéder les polaroids les uns aux autres, vaines fureurs, couleurs déjà ternies, bientôt envolées…

Cécilia, Ségolène, Diana,…

Vendredi 19 octobre 2007

Quel étonnant parallèle que celui de leurs histoires, de leurs postures, de leurs images,… 

La couverture de Paris Match, avec son “entretien exclusif” dans un grand hôtel “des Champs-Elysée”, son regard lointain, le mystère de ce sourire qui “garde sa dignité”, les souffrances non dites que le lecteur est invité à deviner, que l’héroïne “sereine” à fini par dépasser… Tout cela ne vous rappelle-t-il pas Ségolène drapée dans sa dignité? Tout cela ne vous rappelle-t-il pas le rôle tenu il y a quelques années par la “princesse du peuple”, celle qui souhaitait seulement “soulager les souffrances” et fut si injustement bafouée… 

Il y a quelques mois, peu après son arrivée à l’Elysée, Cecilia Sarkozy déclarait vouloir “définir un nouveau rôle”. Ses porte-parole avaient même annoncé que ce rôle serait “fixé” à la rentrée. Gardons nous à la fois de l’angélisme et de la méchanceté: elle a peut-être effectivement trouvé le rôle qu’elle désirait.

Un dernier (?) mot sur le sujet… Je viens d’entendre son appel au secret et au droit “à rester cacher”; appel lancé le jour ou le lendemain même de l’entretien dans Paris Match… peut-être à l’issue de l’entretien. Cecilia n’est pas plus schizophrène que ses illustres devancières, comme elles, elle souhaite la lumière de ces médias monarchiques qui l’ont portée hier et la soutiendront demain; comme elles, elle souhaite la discrétion des médias politiques, leur effacement et leur secret. Internet n’appartenant ni à un camp ni à l’autre, il est juste qu’il se garde à la fois de reprendre l’histoire et de l’ignorer…

Collisions médiatiques: la grande réforme et le départ de la reine

Vendredi 19 octobre 2007

Avez-vous ressenti comme moi l’étrangeté de notre actualité politique? L’improbable collision de deux mondes que rien ne paraissait devoir rassembler? D’un coté le rituel des “grandes réformes”, de son cortège d’annonces gouvernementales, d’éditoriaux pondérés, de grèves, de grands défilés, de syndicalistes et de ministres enflammés. De l’autre, la chronique monarchique de la famille présidentielle, des états d’âme de la reine, des gènes discrète de l’entourage, du silence du prince, des grands et des petits secrets. 

Je crois que ce sentiment d’étrangeté provient d’une transformation profonde: la re-légitimation d’un très ancien canal médiatique. Les médias familiaux, ceux des potins et des cancans étaient encore, il y a quelques années, les succédanés honteux des almanachs monarchistes. Leur actualité -les familles et les lignées, les amours et les plaisirs, le vrai mondain et le faux intime- leur actualité donc était unanimement disqualifiée. Non que l’on ne s’y intéressât pas, mais l’on considérait cet intérêt même comme anecdotique ou privé. Il était de l’avis commun que cette actualité ne méritait pas d’être “politique”, c’est-à-dire qu’au sein de la république, elle ne pouvait être considérée comme “affaire de la cité”. Dévalorisée, cette actualité a longtemps fait fuir les professionnels de la politique, peu soucieux de lier trop ouvertement leur image à ces remugles d’ancien régime. 

Insensiblement, insidieusement, comme un vieux courtisan retrouve la faveur d’un maître revenu de tout, le canal “monarchique” a retrouvé sa légitimité. Contents de trouver de nouvelles scènes et de nouveaux spectateurs, les politiques ont systématiquement investi cette scène.

Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal en furent les promoteurs emblématiques. Le premier considère naturellement ses “people” comme des agents politiques: il les recrute et les utilise comme n’importe quel baron de l’UMP, n’établissant pas de démarcation entre les uns et les autres, les substituant au besoin: ministres, conseillers, amis, présidents de commission… A défaut d’être plus efficace, le lien entre les médias monarchiques et Ségolène Royal à longtemps été plus exclusif. Sa figure est née, s’est développée, a remporté ses victoire à partir de questions personnelles, intimes, de questions qu’eux seuls savent traiter. Son succès lors de la primaire peut se comprendre comme la revanche de ces médias monarchiques sur les médias classiquement “politiques” et “républicains”, soutiens de ses adversaires éternellement “gris” et “ennuyeux”. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy semblent s’être enfin rejoints: quelle formidable symétrie que celle du duo d’aujourd’hui “grève des cheminots / départ de Cécilia” et de son précurseur de juin: “résultat des législatives / séparation de Ségolène”! 

La collision entre la grève des cheminots et le départ de la reine provient de la fusion annoncée de deux univers médiatiques. Nous avions l’habitude de superpositions de nouvelles, mais dans chaque domaine, la hiérarchie ou la distinction des informations semblaient clairement assurées. Nous voyons aujourd’hui l’union difficile et tourmentée de deux histoires, de deux légitimités, de deux groupes humains -Epiphénomène: comment ne pas sourire à la fusion des services “people” et “politique” des rédactions des télévisions, des radios, peut-être des journaux…-  Nous voyons l’alliance chaque jour renforcée entre les médias familiaux et monarchistes et les médias “classiquement politiques”, c’est-à-dire porteur de la vision républicaine de la politique. 

Ne nous y trompons pas, les médias “classiquement politique” sont les derniers à souhaiter une évolution qui sous les dehors rassurants du commérage et du second degré, met profondément en cause les règles du débat démocratique. Ils y perdent leur prestige, leur pouvoir, plus peut-être, leur raison d’être. Ils écriront donc beaucoup contre la confusion des genres, tenteront de digérer l’affront, feront semblant de l’oublier.

Il est peu vraisemblable que cela suffise à endiguer le mouvement. Le poids toujours croissant des actionnaires des groupes médiatiques, la poussée continue des idées libérales, le critère toujours plus légitime de rentabilité, toutes ces forces débordent largement les maigres troupes des “véritables” journalistes politiques.  

Notre étrange collision médiatique marque ainsi l’affaiblissement du débat démocratique, et à travers lui de la démocratie elle-même. Rouages essentiels de cette évolution, les médias traditionnels sont impuissants à l’enrayer. Il appartient aux nouveaux médias de reprendre, d’élargir et d’approfondir le débat. C’est à dire non seulement de le maintenir mais aussi de le régénérer.

Le sens d’une grève

Jeudi 18 octobre 2007

Quels sens donner à cette journée? La lutte des vielles corporations contre l’inévitable modernisation de la société ? Les derniers feux d’une caste de privilégiés? Si c’est bien le cas, encore faut-il savoir qui des cheminots ou des experts en réformologie sont les plus vieillis ou les mieux privilégiés…. 

Contre les évidences un peu trop rapides, je crois que le gouvernement et ses experts sont les véritables représentants du passé. Lequel des deux camps prétend détenir une vérité indiscutable? Lequel disqualifie l’adversaire plutôt que de discuter ses arguments? Lequel refuse l’échange? En un mot, lequel représente le mieux la société du siècle dernier? 

Contre les évidences à nouveau, je crois que le mouvement syndical est bien plus moderne qu’il n’y parait. Les syndicats sont des organisations collaboratives, où la “base” impose son rythme et ses souhaits, où les confédérations encadrent et canalisent des “revendications” -c’est-à-dire des idées- construites au plus prés du terrain. A de rares exceptions prés, les syndicalistes professionnels suivent les mouvements collectifs bien plus qu’ils ne les précèdent.  

Alors, quel sens donner à cette journée? Et si la modernité n’était pas du coté du gouvernement mais du coté du peuple? Je crois voir un sourire            

- La modernité des cheminots… de leur statut… de leur corporatisme… de leurs voies ferrées… vous plaisantez?           

 - Mais ne s’agit-il précisément pas là d’images diffusées par le vieil ordre médiatique, de caricatures imposées?           

- Voyons, tous les experts sont d’accord, tous les journaux sérieux vous le diront… 

Reprenons. Et si la modernité était du coté du grand nombre des engagés? Et si les corporatismes étaient ceux des technocrates paresseux et des vieux médias de masse? Et si les feux syndicaux de ce 18 octobre portaient de nouveaux souffles de démocratisation?