Archive pour la catégorie ‘Actualité’

Les polaroids du président

Samedi 27 octobre 2007

Régimes spéciaux, grève, divorce, Maroc, Rafales, Alstom, Grenelle, Ecotaxe,… Amorces, entames, rodomontades, déclarations, transitions…

Clichés sur clichés, l’actualité présidentielle est une succession de polaroids en accéléré. 

Toutes les radios et les télévisions relaient les nouveaux objectifs du champion des ruptures, le regard fier, le courage inflexible… La pose est prise. Le cliché diffusé. Pourquoi s’attarder des lors? Pourquoi faire vivre un débat, une discussion, une véritable question? Les sous-ministres compétents feront voter des lois mal ficelées plus tard…

Quelle importance puisque la pose est prise et puisque le cliché est diffusé? L’image disparaitra quelque jour plus tard, effacée par la complexité du monde vrai. Quelle importance? De nouveaux polaroids auront succédé au premier. Des polaroids encore quand ses derniers se seront envolés…

Les vieux médias aiment tant gloser sur les faiblesses supposées d’internet. Ayons a notre tour une pensée émue pour ces géants sans mémoire, prisonniers d’un nouveau président déjà vieux, capables de diffuser tant d’images et si vite, incapables de les faire vivre, condamnés à faire se succéder les polaroids les uns aux autres, vaines fureurs, couleurs déjà ternies, bientôt envolées…

Cécilia, Ségolène, Diana,…

Vendredi 19 octobre 2007

Quel étonnant parallèle que celui de leurs histoires, de leurs postures, de leurs images,… 

La couverture de Paris Match, avec son “entretien exclusif” dans un grand hôtel “des Champs-Elysée”, son regard lointain, le mystère de ce sourire qui “garde sa dignité”, les souffrances non dites que le lecteur est invité à deviner, que l’héroïne “sereine” à fini par dépasser… Tout cela ne vous rappelle-t-il pas Ségolène drapée dans sa dignité? Tout cela ne vous rappelle-t-il pas le rôle tenu il y a quelques années par la “princesse du peuple”, celle qui souhaitait seulement “soulager les souffrances” et fut si injustement bafouée… 

Il y a quelques mois, peu après son arrivée à l’Elysée, Cecilia Sarkozy déclarait vouloir “définir un nouveau rôle”. Ses porte-parole avaient même annoncé que ce rôle serait “fixé” à la rentrée. Gardons nous à la fois de l’angélisme et de la méchanceté: elle a peut-être effectivement trouvé le rôle qu’elle désirait.

Un dernier (?) mot sur le sujet… Je viens d’entendre son appel au secret et au droit “à rester cacher”; appel lancé le jour ou le lendemain même de l’entretien dans Paris Match… peut-être à l’issue de l’entretien. Cecilia n’est pas plus schizophrène que ses illustres devancières, comme elles, elle souhaite la lumière de ces médias monarchiques qui l’ont portée hier et la soutiendront demain; comme elles, elle souhaite la discrétion des médias politiques, leur effacement et leur secret. Internet n’appartenant ni à un camp ni à l’autre, il est juste qu’il se garde à la fois de reprendre l’histoire et de l’ignorer…

Collisions médiatiques: la grande réforme et le départ de la reine

Vendredi 19 octobre 2007

Avez-vous ressenti comme moi l’étrangeté de notre actualité politique? L’improbable collision de deux mondes que rien ne paraissait devoir rassembler? D’un coté le rituel des “grandes réformes”, de son cortège d’annonces gouvernementales, d’éditoriaux pondérés, de grèves, de grands défilés, de syndicalistes et de ministres enflammés. De l’autre, la chronique monarchique de la famille présidentielle, des états d’âme de la reine, des gènes discrète de l’entourage, du silence du prince, des grands et des petits secrets. 

Je crois que ce sentiment d’étrangeté provient d’une transformation profonde: la re-légitimation d’un très ancien canal médiatique. Les médias familiaux, ceux des potins et des cancans étaient encore, il y a quelques années, les succédanés honteux des almanachs monarchistes. Leur actualité -les familles et les lignées, les amours et les plaisirs, le vrai mondain et le faux intime- leur actualité donc était unanimement disqualifiée. Non que l’on ne s’y intéressât pas, mais l’on considérait cet intérêt même comme anecdotique ou privé. Il était de l’avis commun que cette actualité ne méritait pas d’être “politique”, c’est-à-dire qu’au sein de la république, elle ne pouvait être considérée comme “affaire de la cité”. Dévalorisée, cette actualité a longtemps fait fuir les professionnels de la politique, peu soucieux de lier trop ouvertement leur image à ces remugles d’ancien régime. 

Insensiblement, insidieusement, comme un vieux courtisan retrouve la faveur d’un maître revenu de tout, le canal “monarchique” a retrouvé sa légitimité. Contents de trouver de nouvelles scènes et de nouveaux spectateurs, les politiques ont systématiquement investi cette scène.

Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal en furent les promoteurs emblématiques. Le premier considère naturellement ses “people” comme des agents politiques: il les recrute et les utilise comme n’importe quel baron de l’UMP, n’établissant pas de démarcation entre les uns et les autres, les substituant au besoin: ministres, conseillers, amis, présidents de commission… A défaut d’être plus efficace, le lien entre les médias monarchiques et Ségolène Royal à longtemps été plus exclusif. Sa figure est née, s’est développée, a remporté ses victoire à partir de questions personnelles, intimes, de questions qu’eux seuls savent traiter. Son succès lors de la primaire peut se comprendre comme la revanche de ces médias monarchiques sur les médias classiquement “politiques” et “républicains”, soutiens de ses adversaires éternellement “gris” et “ennuyeux”. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy semblent s’être enfin rejoints: quelle formidable symétrie que celle du duo d’aujourd’hui “grève des cheminots / départ de Cécilia” et de son précurseur de juin: “résultat des législatives / séparation de Ségolène”! 

La collision entre la grève des cheminots et le départ de la reine provient de la fusion annoncée de deux univers médiatiques. Nous avions l’habitude de superpositions de nouvelles, mais dans chaque domaine, la hiérarchie ou la distinction des informations semblaient clairement assurées. Nous voyons aujourd’hui l’union difficile et tourmentée de deux histoires, de deux légitimités, de deux groupes humains -Epiphénomène: comment ne pas sourire à la fusion des services “people” et “politique” des rédactions des télévisions, des radios, peut-être des journaux…-  Nous voyons l’alliance chaque jour renforcée entre les médias familiaux et monarchistes et les médias “classiquement politiques”, c’est-à-dire porteur de la vision républicaine de la politique. 

Ne nous y trompons pas, les médias “classiquement politique” sont les derniers à souhaiter une évolution qui sous les dehors rassurants du commérage et du second degré, met profondément en cause les règles du débat démocratique. Ils y perdent leur prestige, leur pouvoir, plus peut-être, leur raison d’être. Ils écriront donc beaucoup contre la confusion des genres, tenteront de digérer l’affront, feront semblant de l’oublier.

Il est peu vraisemblable que cela suffise à endiguer le mouvement. Le poids toujours croissant des actionnaires des groupes médiatiques, la poussée continue des idées libérales, le critère toujours plus légitime de rentabilité, toutes ces forces débordent largement les maigres troupes des “véritables” journalistes politiques.  

Notre étrange collision médiatique marque ainsi l’affaiblissement du débat démocratique, et à travers lui de la démocratie elle-même. Rouages essentiels de cette évolution, les médias traditionnels sont impuissants à l’enrayer. Il appartient aux nouveaux médias de reprendre, d’élargir et d’approfondir le débat. C’est à dire non seulement de le maintenir mais aussi de le régénérer.

Le sens d’une grève

Jeudi 18 octobre 2007

Quels sens donner à cette journée? La lutte des vielles corporations contre l’inévitable modernisation de la société ? Les derniers feux d’une caste de privilégiés? Si c’est bien le cas, encore faut-il savoir qui des cheminots ou des experts en réformologie sont les plus vieillis ou les mieux privilégiés…. 

Contre les évidences un peu trop rapides, je crois que le gouvernement et ses experts sont les véritables représentants du passé. Lequel des deux camps prétend détenir une vérité indiscutable? Lequel disqualifie l’adversaire plutôt que de discuter ses arguments? Lequel refuse l’échange? En un mot, lequel représente le mieux la société du siècle dernier? 

Contre les évidences à nouveau, je crois que le mouvement syndical est bien plus moderne qu’il n’y parait. Les syndicats sont des organisations collaboratives, où la “base” impose son rythme et ses souhaits, où les confédérations encadrent et canalisent des “revendications” -c’est-à-dire des idées- construites au plus prés du terrain. A de rares exceptions prés, les syndicalistes professionnels suivent les mouvements collectifs bien plus qu’ils ne les précèdent.  

Alors, quel sens donner à cette journée? Et si la modernité n’était pas du coté du gouvernement mais du coté du peuple? Je crois voir un sourire            

- La modernité des cheminots… de leur statut… de leur corporatisme… de leurs voies ferrées… vous plaisantez?           

 - Mais ne s’agit-il précisément pas là d’images diffusées par le vieil ordre médiatique, de caricatures imposées?           

- Voyons, tous les experts sont d’accord, tous les journaux sérieux vous le diront… 

Reprenons. Et si la modernité était du coté du grand nombre des engagés? Et si les corporatismes étaient ceux des technocrates paresseux et des vieux médias de masse? Et si les feux syndicaux de ce 18 octobre portaient de nouveaux souffles de démocratisation?