Le bloguing décentralisé

Avez-vous remarqué combien se ralentit le rythme de production des blogs que vous connaissez ?

Je ne parle pas du mien : la vitesse de publication n’a jamais été sa marque de fabrique incontestée. Je ne parle pas des blogs qui meurent : il en nait toujours bien plus qu’il en disparait. Je ne parle pas enfin des blogs professionnalisés, pour qui l’audience est nettement fonction du nombre de billets publiés.

La production sur les blogs ne perd pas en valeur ou en intensité, mais elle se fait à la fois plus sporadique et plus précise. Les billets d’attentes et les billets peu travaillés sont en train de disparaitre. Le live-blogging et les réponses rapides de blogs à blogs se sont nettement raréfiés.

La nouvelle génération du Web participatif, Twitter d’abord, aussi Facebook dans sa nouvelle formule, enfin les nombreux médias sociaux qui s’en sont inspirés, les réseaux de discussion, en un mot, sont bien sur les grands responsables.

Avec eux, on n’a plus besoin de faire un billet pour simplement partager un lien, pour une remarque rapide, pour une réponse à l’emporte pièce. Avec eux, on n’a plus besoin de bloguer pour faire vivre son blog ou préserver des liens avec sa communauté de lecteurs. Grâce à eux, on n’a plus besoin et on n’a guère l’utilité de bloguer si l’on n’a pas un véritable avis, une véritable opinion, une véritable histoire à raconter.

Les blogs ne sont plus les uniques centres d’agrégations de contenus et de discussions. Mais ils restent des lieux de créations et de présentation de contenus.

Je crois paradoxalement qu’ils s’en trouveront renforcés. Puisque l’on peut faire vivre des discussions ailleurs que sur son propre blog, développer une identité de réseau en réseau et de sîte en sîte, voyager ainsi avec sa communauté, alors les textes que l’on a véritablement envie de bloguer trouvent une force accrue, un public diversifié, surtout, une capacité de diffusion bien plus large que celle que les vieux réseaux de blogueurs offraient.

Le Web est un mouvement en constitution permanente, qui partout démocratise et partout met en réseau. C’est l’activité de bloguer qui vit aujourd’hui sa décentralisation accélérée.

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11 réponses à to “Le bloguing décentralisé”

  1. [Enikao] dit :

    Parce que bloguer est plus contraignant, on le réserve à ce qui a davantage de valeur.
    J’étais venu une conclusion similaire il y a peu ;-)

  2. Patrice dit :

    Ce qui a davantage de valeur… ou ce qui est l’essence de l’activité de bloguer

  3. Bien vu !

    ça me rappelle ce que disait Danie Bourrion sur son blog dans un billet appelé « Sédiments ». En substance :
    http://detoutsurrien.wordpress.com/2009/04/21/sediments/

    « Juste quelques lignes pour garder traces de cette impression que :

    * twitter et facebook (twitter surtout, pour ce qui me concerne) sont les premiers niveaux d’une ‘réflexion’ qui apparaît et s’élabore là, en vrac, sur les réseaux ;
    * puis se cristallise en s’organisant dans les blogs ;
    * puis se sédimente dans les revues papier. »

  4. Patrice dit :

    J’aime assez ces trois niveaux… avec l’envie d’ajouter une couche de sédimentation plus mobile que le papier

  5. Nicolas dit :

    « Avec eux, on n’a plus besoin de faire un billet pour simplement partager un lien ».

    Justement ! Parlons-en des liens ! Bon Dieu ! un billet sans lien…

  6. Patrice dit :

    C’est que de nos jours, il y a tant de manières de se lier…

  7. mariA dit :

    Je dirais plutôt que tout se ralenti (à mes dernières et très inconstantes observations), sauf les activités twitter….

    Trois explications possibles au delà de la décentralisation que te évoques
    Tout se ralenti car l’investissement en temps et concentration dans la lecture d’un billet devient trop important par rapport à la possibilité d’échanger, discuter, re renvoyer des commentaires instantanément
    Tout se ralenti car la visibilité des passages, des liens et des traces sur un blog est limitée par rapport à celle des twitts, c’est humain, nous avons tous envie d’être lus, un blog contient un lectorat toujours inférieur à celui des followers et followee que peuvent nous re twitter à l’infini
    Tout se ralenti finalement car un blog est un lieu et un post est toujours déposé chez le bloggeur, c’est-à-dire chez qqun, qui décide quoi faire du post et que donc s’en approprie, autant que twitter nous donne la liberté d’être nulle part mais paradoxalement un peu chez tout le monde

  8. Fantômette dit :

    Bonjour Patrice,

    Je vous rejoins sur le constat (ralentissement global et approfondissement des billets), et trouve l’hypothèse faite sur son interprétation (réorganisation des éléments de discussion autour d’un critère temporel) intéressante.

    Je me demandais si vous établissiez un lien entre ce phénomène, et celui de la démocratisation des expertises, qui sous-tend également le blogage et l’activité qu’il génère (i. e. les coms), ce que vous aviez également pointé du doigt.

    Dit autrement, est-ce que le débat (inclus sa dimension de démocratisation des expertises) s’enrichit de cette réorganisation, ou se morcelle seulement ?

    Il doit être intéressant actuellement d’observer la façon dont s’organisent les débats par thématique, passant d’un support à l’autre, et de se faire une idée de la plus ou moins grande perméabilité aussi bien des réseaux que des supports, les uns par rapport aux autres.

    La multiplication des supports permet sans aucun doute de profiter à la diffusion des éléments de débats qui sortent spontanément sur les supports les plus réactifs (twitter et al.) et s’organisent sur les blogs.

    Mais j’ai la vague impression que le support papier n’a pas encore trouvé sa place dans l’écosystème qui se met doucettement en place. Du moins si l’on ne parle que de la presse.

    Je note que dans l’idée de Danie Bourrion, si je l’ai bien comprise, la presse viendrait en quelque sorte consacrer un état des débats, tels qu’il ont pu se développer sur la toile. Je dirais que c’est peut-être une évolution possible – voire souhaitable – mais qui, à mon humble avis, n’est pas pour l’instant le reflet de la réalité.

    J’ai l’impression que les informations relayées par la presse restent assez largement une source d’informations pour bon nombre de blogs. Même si ce n’est pas systématiquement le cas, toutefois, et que les meilleurs experts blogueurs disposent de leurs propres sources.

    Je ferais plutôt à ce stade l’hypothèse d’une organisation circulaire des éléments de débats, plutôt que linéaire ou sous forme « d’empilement ». Le papier trouve sa place petit à petit dans le cercle, en ayant désormais parfois recours à des (res)sources blogs, mais c’est récent.

    Peut-être la presse voit-elle désormais se dessiner nettement deux fonctions, probablement destinées à se compléter, et dont elle n’a plus le monopole : une fonction de collecte, de formulation et d’authentification des informations factuelles (fonction qui leur permettrait d’exercer une expertise du fait) – et une fonction de diffusion et publication de l’état des débats, comme le suggère D. Bourrion (fonction qui leur permettrait d’exercer une expertise du discours).

  9. Patrice dit :

    La démocratisation du Web, celle de nos sociétés et celle de la manière dont le savoir se construit dans nos sociétés sont un seul et même phénomène – il n’en faut pas douter.

    Décentralisation radicale de l’expertise, dé-hierarchisation de la production de l’information, distribution circulaire et décentralisée de cette même information, dé-construction de ce qu’on a un temps appelé « l’actualité »,… Des mouvement en cours, peut-être déjà irréversible et dont nous voyions peut-être seulement les tous premiers effets.

  10. [...] Patrice Lamothe sur Cratyle en précise les conséquences sur les blogs : La production sur les blogs ne perd pas en valeur ou en intensité, mais elle se fait à la fois plus sporadique et plus précise. Les billets d’attentes et les billets peu travaillés sont en train de disparaitre. Le live-blogging et les réponses rapides de blogs à blogs se sont nettement raréfiés. [...]

  11. [...] L’écosystème de l’information se transforme avec l’arrivée du réseau: « Twitter et facebook sont les premiers niveaux d’une ‘réflexion’ qui apparaît et s’élabore là, en vrac, sur les réseaux ; puis se cristallise en s’organisant dans les blogues; puis se sédimente dans les revues papier.” (Sylvère Mercier) [...]

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