Les nuages s’accumulent lentement dans le ciel de l’internet français

Generation MP3 relayé par Kelblog suit très opportunément les progrès de la « loi FNAC » contre le téléchargement. Cette loi est directement issue du rapport Olivenne, c’est-à-dire des réflexions du président de la FNAC sur la principale menace qui pèse sur son activité.

On a beaucoup dit l’absurdité de ce travail. Imagine-t-on confier un rapport sur les espèces menacées au président de l’Association des Chasseurs Landais? Une commission sur la pollution au président de Total ou de Peugeot? Sur l’ISF au propriétaire de LVMH? C’est pourtant bien ce qu’on a fait, et le projet de « loi FNAC » est très exactement le reflet de l’avis du marchand de disques sur le sujet.

L’absurdité n’empêche cependant pas ce projet d’avancer. Il arrive en ce moment au conseil d’état, c’est-à-dire qu’il a déjà pris la forme juridique d’une loi, qu’il a fait son entrée dans le « pipeline » de ce qu’on s’attend un jour à voter, et qu’à moins d’une surprise, il passera sans coups férir le faible obstacle de la discussion d’assemblée.

Inquiétante conjonction entre cette tentative pour empêcher les clients de la FNAC de déserter le rayon disque et les réflexions en cours pour sauver les revenus publicitaires de la télévision hertzienne privée.

Il semble que les vieilles industries menacées par le développement d’internet se crispent devant l’obstacle. Incapables de faire face au défi, elles se replient sur le lobbying aveugle pour préserver le plus longtemps possibles leurs si chers intérêts.

Quelle importance, me direz-vous? Il parait normal qu’une industrie menacée tente de se défendre, qu’après la sidérurgie ou le textile, les anciens médias cherchent la protection de l’état contre les brusques évolutions de leur marché.

L’important est que cette défense des intérêts privés ne se fasse pas au détriment d’un intérêt très général: le développement de l’internet et des nouvelles technologies dans ce pays.

Le risque est que le petit monde de l’internet ne soit encore ni assez puissant ni assez structuré pour faire pièce au lobbying bien rodé de ceux qui sont en train de devenir ses ennemis acharnés.

Si les différentes communautés de l’internet français -et les communautés de bloggueurs les premières- ne s’investissent pas massivement dans un débat qui les concerne au premier chef, les nuages ne cesseront de s’accumuler dans le ciel de l’internet français.

La lenteur des projets de lois ne doit pas faire illusion. Portée par un groupe influent ou déterminé, une idée qui ne rencontre pas de discussion finit toujours par être votée.

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8 réponses à to “Les nuages s’accumulent lentement dans le ciel de l’internet français”

  1. Boréale dit :

    Les propositions d’Attali à ce sujet sont-elles susceptibles de bloquer cette loi ? J’espère.

  2. Criticus dit :

    De toute façon, que peut faire une digue de sable contre un tsunami ? C’est comme dans « Au Bonheur des Dames », les Anciens cherchent à préserver leur rente de situation par tous les moyens, mais la modernité finira bien par leur faire rendre gorge. Je ne suis pas trop inquiet, noble et excellent Cratyle.

  3. cratyle dit :

    D’accord, à l’échelle de la planète, la digue a bien peu de chances de l’emporter… mais c’est ce pays qui devra éviter de rester sur le sable.

  4. Criticus dit :

    Tu penses vraiment que les pouvoirs publics français vont réussir à empêcher les gens de télécharger des films et des chansons illégalement ou de regarder Canal+ en streaming sur des sites pirates ? Tout ce qu’ils peuvent faire, c’est piquer un revendeur de temps en temps. À moins d’instaurer un État totalitaire -et même-, je ne vois pas comment ils pourraient y parvenir.

    Par contre, là où je te rejoins, c’est que cette crispation face à la modernité, observée pour les OGM également, est inquiétante de la part d’un pays qui a longtemps été à la pointe de la science et de la technologie. La droite comme la gauche, par leur conservatisme, n’aident pas à prendre la voie du progrès.

  5. Un documentaire qui explique très bien tout ça.

    Je rajoute un petit point qui n’est pas dans le film. Techniquement comment voulez vous analyser le tout le trafic de l’internet ? Non mais c’est bien beau de faire des projets de loi, mais technologiquement parlant c’est impossible de contrôler la contenance de tous les flux du web.

  6. tonton dit :

    @Criticus: Que peut faire une digue de sable contre un tsunami? la même chose que ce que les lois Méline ont fait à l’industrie française en cherchant à protéger l’agriculture des échanges avec l’étranger au XIXe siècle… faire prendre 30 ou 40 ans de retard et louper une étape industrielle critique au pays.
    Dans le monde du ‘un clic et pas plus’, le nombre de personnes prêtes à passer par des rerouteurs ou à masquer leurs IP pour accéder à des services en streaming qui seraient filtrés aux IP français ne sera certes pas négligeable, mais cela risque quand même de fermer pas mal de perspectives de développement à des start-ups, communautés et services de partage…

  7. Criticus dit :

    Heureusement pour nous et malheureusement pour le gouvernement -mais il l’aura bien cherché-, je crois qu’Internet a déjà gagné la partie, même en France. On a déjà loupé le coche des OGM en vertu du sacro-saint « principe de précaution » (avec lequel on serait encore au paléolithique s’il avait été en vigueur à la Préhistoire), on ne peut pas en plus louper celui d’Internet. Tout simplement parce qu’Internet est trop puissant face à la « puissance » publique.

  8. [...] Cratyle a un esprit clair et un enthousiasme utopique sur le nouveau monde numérique qui ne peuvent que séduire. Lucide, il avait ainsi anticipé, un an avant tout le monde, le débat sur Hadopi. [...]

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