Le discours et l’image

Depuis quelques décennies, la communication politique semblait irrémédiablement dominée par la force de l’image. Le grand discours, jadis art majeur de la politique en démocratie, semblait peu à peu relégué au rang des curiosités. On discourait toujours, il est vrai, mais c’était pour épater la galerie ou pour se soumettre à un exercice obligé.

Lors de la dernière campagne présidentielle française, Nicolas Sarkozy a certes fait valoir quelques discours pour essayer de convaincre de sa capacité à s’élever au niveau présidentiel. Ils n’étaient pourtant qu’interprétations des mots d’un autre, d’un auteur apporté au candidat comme un compositeur un peu renommé à un chanteur de variété, pour enluminer un nouvel album et créer un souffle de curiosité.

De son coté Ségolène Royal ne semble pas avoir trop souffert de son manque de talent oratoire. Admettant en privé son peu de goût pour la prise de parole militante, elle s’est largement contentée des images que ses positions de « femme à la tribune » ou de « candidate en pleine écoute » lui permettaient de diffuser.

Dans cet effacement progressif du discours, l’émergence de Barak Obama sur la scène américaine marque peut-être une véritable nouveauté. C’est au discours prononcé lors de convention démocrate de 2004 qu’il doit sa notoriété. C’est à lui qu’il doit probablement cette crédibilité que ces adversaires s’efforcent pourtant d’attaquer. C’est son sens du discours qui marque les commentateurs de tous pays. C’est le discours enfin, qui comme un spectaculaire retournement, fait la matière de cette vidéo de campagne dont la puissance d’évocation a provoqué une diffusion mondiale presque instantanée.

Alors, Barak Obama à l’avant-garde d’une nouvelle génération politique pour laquelle le discours reprendrait le pas sur l’image? Ou nouvelle ruse de l’image, cette fois-ci concentrée sur la posture d’orateur, non sur ses mots mais sur ce que la posture de l’orateur a de visible?

Dans le très ancien duel du discours et de l’image, je prends le parti de celui qui incarne la démocratie politique, et qui est je crois véritablement le premier.

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6 réponses à to “Le discours et l’image”

  1. le chafouin dit :

    Merci, Cratyle, pour cette réflexion importante : l’image est subjective, manipulatrice, quand le discours évoque la profondeur et la complexisté des choses. L’image n’est pas toujours mauvaise, oh non, mais effectivement, si l’on se soucie de politique, de démocratie et d’expression des deux, le discours a également toute ma sympathie!

  2. Criticus dit :

    Comme quoi les grands esprits, ou prétendus tels, se rencontrent… je me suis fait la même réflexion -moins étayée il est vrai, car elle n’a fait que m’effleurer l’esprit- en regardant récemment un documentaire sur le voyage de Barack Obama en Afrique (Kenya, Afrique du Sud, puis Tchad) en 2006, où le jeune sénateur de l’Illinois se met dans les traces de son père, puis de Nelson Mandela, et va enfin à la rencontre des réfugiés du Darfour. A chacune de ses interventions, Obama fait de véritables discours de tribun, ce qui n’est pas le moindre paradoxe pour un homme à qui ses rivaux reprochent d’être superficiel. Je me suis dit que ses talents d’orateur pouvaient servir Obama, car le fonds des discours, très honorable dans sa qualité sémantique, complétait son charisme naturel. Ce serait une belle revanche du Verbe.

  3. Eric dit :

    Récemment, j’ai appris (à confirmer) que dans la communication, le non verbal produisait 90% des effets et le verbal seulement 10%. Donc, l’image est primordiale. Mitterrand, homme du verbe s’il en est, savait mettre en scène sa silhouette: le labrador, le chapeau, l’écharpe, la coline de Laches tout un bric à brac d’images symboliques qui fascinaient littéralement les foules.
    D’accord sur ce que tu dois de Sarkozy: les textes ne sont pas de lui. Et j’ajouterai: qu’a-t-il dit d’important depuis huit mois, des paroles qui méritent de rester? A part le discours de Dakar ou « t’a vu ma Roleix? », rien de notable. « Descend voir si t’es un homme » n’est pas une parole historque. Bref, Sarkozy est le muet le plus bavard de l’histoire. Et aussi un agité bien peu innefficace…
    Ségolène Royal ne dit pas grand chose et elle ne le dit pas toujours bien.

    Et Obama, est peut-être un bon tribun, mais il reste aussi une image.
    Bref, l’image continue de dominer, à mon avis.

  4. cratyle dit :

    Sur le 90% – 10% c’est ce que disent souvent les consultants en communication – je crois que c’est ce qui est retenu par un spectateur/auditeur moyen dans une circonstance moyenne, encore que ce soit assez difficile à mesurer.

    L’avantage d’un élément de discours est de pourvoir être transmis d’un auditeur à quelqu’un s’absent, et donc d’être transmis assez loin indirectement.

  5. tonton dit :

    100%-90%, restent donc 10% du discours à transmettre.

    Sur ces 10% l’élement formel, la bonne formule, la phrase choc, dot représenter à son tour environ 90% de l’impact.

    10%-9%=1%.

    ça pourrait confirmer ce que j’entends dans la plupart des critiques sur le manque de fond de Obama (‘I am asking you to believe…’ il y a mieux comme slogan pour appeler à voter avec sa tête) et que je vais finir par accréditer faute d’avoir réussi à trouver de contre-exemple précis, même sur son site : au delà du leitmotiv, quelles propositions politiques?

    Je n’en fais pas forcément une critique dans la mesure où donner du sens et un projet collectif à un pays c’est sans doute la seule chose que l’on demande à un responsable politique aujourd’hui.
    Mais dans ce cas, les différents procès en incompétence (et en incompétence technique, pas en media-science) qui ont pu être menés récemment (et qui sont aujourd’hui intentés à Obama) sont assez contradictoires. Que cherche-t-on, qu’attendons-nous aujourd’hui d’un leader politique?

  6. tonton dit :

    du très ‘Clintonnien’ NYT… (biaisé donc, mais le parallèle reste très amusant dans la perspective de ma réponse)
    Mac ou PC? (http://www.nytimes.com/2008/02/04/technology/04link.html)

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