Quand peut-on parler de krach financier ?

Lorsque les journaux de gauche en font leur couverture ? Lorsque les journaux de droite titrent sur le rebond ? Lorsque les économistes expliquent qu’ils l’ont toujours anticipé ? Lorsque l’amplitude des variations -la volatilité- atteind des niveaux capables de  désorienter les banquiers les plus expérimentés ?

C’est que l’économie n’aide en rien à répondre à cette question, et cela non par défaut de théorie mais bien plutôt par trop plein d’explications. Une galaxie de modèles et d’interprétations concurrentes s’étend de ceux pour qui les marchés financiers ne peuvent pas kracher à proprement parler -ils sont sensés refléter la meilleure synthèse possible de l’information disponible et donc traduire toujours au mieux l’état du monde- à ceux pour qui toute variation de cours est par définition suspecte - le prix des actifs n’étant cette fois pas sensé refléter autre chose qu’une combinaison allétoire de spéculations-.

Si tant est que l’économie soit au moins partiellement une science, elle ne dit jamais véritablement ce que sont les choses, et doit se contenter de proposer des outils pour les lire et les interpréter. Ces outils - ce que les scientifiques appellent des modèles- ne sont jamais démontrables, car c’est à partir de leur jeu d’hypothèse que se font les démonstrations.

Quand peut-on donc parler à coups sur de krach financier ? Simplement lorsque la discussion des acteurs concernés s’arrète sur une opinion unanimement partagée… celle selon laquelle il y a un krach financier.

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8 réponses à to “Quand peut-on parler de krach financier ?”

  1. Criticus dit :

    Cet intéressant billet est-il un appel au refus de l’économisme, c’est-à-dire au refus de l’interprétation des phénomènes au seul prisme de l’économie ?

  2. cratyle dit :

    ou plus modestement l’idée que les phénomène économiques eux-mêmes ne se peuvent réduire aux interprétations économiques

  3. Criticus dit :

    Cratyle, modeste ? Difficile à croire… ;-) Plus sérieusement, assez d’accord avec toi. Comme disait ce bon vieux Jacques Attali, l’économie est une affaire trop sérieuse pour qu’on la confie aux économistes.

  4. Eric dit :

    On peut parler de krach quand The Economist fait une couverture qui ressemble à l’affiche d’un film d’horreur.
    Ca n’est peut-être pas encore un krach, mais ça y ressemble:
    http://www.economist.com/opinion/displaystory.cfm?story_id=10566731

  5. cratyle dit :

    Jolie couv’. Devrait faire un carton chez les traders de la city et d’ailleurs

  6. borneo dit :

    Jusqu’à Quand peut-on jurer ces grands dieux qu’il n’y aura pas de Krach financier ?

    Alain Minc a son opinion sur la question

    http://oui-europe.over-blog.com/article-14886721.html

  7. Oppossum dit :

    Ca me plait comme idée.
    Beaucoup de concepts n’ont de contenu que par la définition subjective et émotive qu’on leur donne. Ou bien plus sociologique lorsque c’est un groupe qui en impose sa vision du contenu.

    Mais ce relativisme lucide et cruel , qui remet bien à sa place les sciences molles, a ses limites. Lorsqu’on se rend compte que le minimum objectif du concept sur lequel tout le monde s’accorde … n’était même pas rempli … dans la réalité.

    Consensus n’est pas vérité ni même plus modestement raison , heureusement !

    Là, je crois (comme ça, au débotté, sans rien y connaître!) qu’il n’y a pas Krach. Mais à force d’y croire -au krach, il pourrait arriver.

  8. cratyle dit :

    D’ailleurs l’actualité du jour monter qu’on est sur la corde raide où l’opinion peut ou non basculer. Question subsidiaire: les opinions américaines et européennes sont-elles nécessairement corrélées?

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