Archive pour janvier 2008

Une nouvelle étape dans la déchéance du Figaro?

Vendredi 25 janvier 2008

Il est désormais permis de se demander jusqu’où descendra Le Figaro.

Que l’ex-grand journal des droites françaises soit peu à peu devenu prisonnier d’un actionnaire pour qui les différences entre presse et service de communication relèvent des plus byzantines subtilités n’est malheureusement qu’une des mauvaises habitudes du métier -on se référera au Canard Enchainé de la semaine pour la manière dont le propriétaire traite sa presse, si l’on entretien la moindre naïveté sur le sujet-.

Que les liens entre les actionnaires de l’ancien quotidien de référence et le président de ce pays aient permis à ce dernier d’annoncer directement les départs, les promotions et les nouveaux arrivés, c’était beaucoup abaisser un journal qui, en dépit de sa proximité traditionnelle avec les politiques de droite, n’avait encore jamais atteint ce niveau de servilité.

Que les dirigeants de l’organe de presse aient soutenu et soutiennent officiellement les pouvoirs installés, qu’ils le fassent sans pudeur ni restriction, ce devrait être la source de légitime tristesse mais non pas d’étonnement, pour qui a jamais passé quelques minutes devant les journaux de la première chaine de télévision.

Toutes ces évolutions semblaient bien malheureuses dans des lieux où les mémoires de Mauriac et d’Aron ne s’étaient pas encore totalement éteintes. Elles auraient peut-être aussi semblées naturelles, tant est ancienne la lutte pour l’indépendance de la presse et pour sa qualité.

Le Figaro du jour marque pourtant une nouvelle étape dans le long processus dans lequel il est désormais engagé. La une de l’édition papier accuse sur trois colonne « L’homme qui a fait perdre 5 milliards à la Société Générale », elle étale sa photo d’identité sur le reste de la page, donne son nom, mentionne la source -la direction de la Société Générale…- en police trois fois plus petite, diffuse l’ensemble à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires en France et à l’étranger.

Au risque de rappeler quelques évidences, cette accroche digne des meilleurs moments de la trash-télévision n’a pas sa place dans un journal véritable. Quand il porte une telle accusation, le Figaro le fait

  • sans preuve
  • sans la moindre compréhension de l’activité profondément collective dont il est question, c’est-à-dire celle des salles de marchés
  • sans la moindre retenue, celle qui aurait du l’inciter à reconnaitre que l’affaire est certainement complexe, que les responsabilités sont peut-être enchevêtrées, qu’au minima une incertitude pèse encore sur le sujet
  • sans la plus élémentaire humanité, c’est à dire sans penser une seule seconde à ce qu’il pourrait advenir de ce terrible criminel que l’on a bien opportunément dévoilé, que l’on désigne maintenant à la vindicte, que l’on nomme seul coupable, dont on se demande peut-être déjà s’il ne faudrait pas le lyncher

Le Figaro descend aujourd’hui plus bas que cette presse de caniveau dont il s’est longtemps gaussé.

Quand peut-on parler de krach financier ?

Mercredi 23 janvier 2008

Lorsque les journaux de gauche en font leur couverture ? Lorsque les journaux de droite titrent sur le rebond ? Lorsque les économistes expliquent qu’ils l’ont toujours anticipé ? Lorsque l’amplitude des variations -la volatilité- atteind des niveaux capables de  désorienter les banquiers les plus expérimentés ?

C’est que l’économie n’aide en rien à répondre à cette question, et cela non par défaut de théorie mais bien plutôt par trop plein d’explications. Une galaxie de modèles et d’interprétations concurrentes s’étend de ceux pour qui les marchés financiers ne peuvent pas kracher à proprement parler -ils sont sensés refléter la meilleure synthèse possible de l’information disponible et donc traduire toujours au mieux l’état du monde- à ceux pour qui toute variation de cours est par définition suspecte – le prix des actifs n’étant cette fois pas sensé refléter autre chose qu’une combinaison allétoire de spéculations-.

Si tant est que l’économie soit au moins partiellement une science, elle ne dit jamais véritablement ce que sont les choses, et doit se contenter de proposer des outils pour les lire et les interpréter. Ces outils – ce que les scientifiques appellent des modèles- ne sont jamais démontrables, car c’est à partir de leur jeu d’hypothèse que se font les démonstrations.

Quand peut-on donc parler à coups sur de krach financier ? Simplement lorsque la discussion des acteurs concernés s’arrète sur une opinion unanimement partagée… celle selon laquelle il y a un krach financier.

De la nudité

Mercredi 16 janvier 2008

D’érotisme ou non mêlée, il semble que la nudité ne perde jamais cet étonnant pouvoir de surprendre, de provoquer, de déstabiliser. L’époque, le contexte ou le média ne font rien à l’affaire. Toutes et tous ont leur chance. Après Carla Bruni ou Laure Manaudou, c’est le grand retour de… Simone de Beauvoir nue.

Si la bien innocente photo a peu de chance de provoquer les tornades de buzz de ses illustres devancières, elle agite à nouveau la discussion blogo-médiatique. Quelle merveille que de voir les coalitions tartuffières s’armer pour attaquer une paire de fesses du siècle dernier! Quelle chose remarquable qu’une rédaction entière se mobilisant pour la défendre et l’illustrer!

Quelle chance après tout, que ni l’habitude ni la répétition n’ôtent jamais cet étonnant pouvoir qui est celui de la nudité.

2008, année de la nouveauté!

Vendredi 11 janvier 2008

Une excellente année à tous, lecteurs occasionnels ou participants réguliers de ce carnet.

Que vous souhaiter? Une seule chose en ces temps emmitouflés, vous souhaiter à tous la fraicheur sans apprêt de la nouveauté.

Pourquoi la nouveauté? C’est qu’après de longues vacances hivernales, des vacances rêveuses, paresseuses, enneigées, après de longues vacances de carnet, je crois retrouver le tintamarre politiquo-médiatique au point précis où l’avait laissé un dernier billet, comme un éternel retour en accéléré. Le bal des grands et petits médias à l’air perpétuellement figé, il parait s’assoupir des mêmes comptines, des mêmes secrets déliés et reliés, il donne l’impression de se jouer des mots et des controverses, pour toujours se replier sur lui-même, tourbillon frénétique, immobile de sa propre mobilité.

Alors pourquoi la nouveauté? Parce qu’au cœur du tourbillon médiatique se trouvent les indices d’une transformation profonde, inéducable, vivifiante. Parce que cette transformation, ce que j’appelle avec d’autres la démocratisation, est source de couleurs, d’invention, de partage, d’optimisme renouvelé. Parce que les grands mouvements technologiques et sociaux révèlent jour après jour des horizons nouveaux, des aventures inédites, des occasions pour tous d’y participer.

2008 année de la démocratisation? Elle serait plutôt affaire de décennies et ne se laisserait pas enfermer dans le temps court d’une année. 2008 plus modeste donc, mais peut-être pas moins inventive.

2008, année de la nouveauté!