Les désirs mimétiques du Parti Socialiste

S’ils voulaient se tendre un miroir, les responsables du Parti Socialiste, ses commentateurs et surtout ses militants devraient lire et relire René Girard.

C’est que dans le grand parti de la gauche, le désir mimétique parait avoir tout emporté. C’est que l’on n’y semble vouloir exclusivement ce que ce que les autres veulent, y éviter très précisément ce que les autres évitent, dans un jeu de miroir sans fin, dans  un infernal tourbillon où les acteurs de la dernière présidentielle semblent irrésistiblement aspirés.

On se perd d’admiration des infinies symétries entre la candidate et le premier secrétaire, entre la compagne et le compagnon, entre les éléphants et les gazelles, entre les rénovateurs et les autres rénovateurs, entre les insultes narcissiques blessantes et les déclarations narcissiques blessées, entre les cultes de l’image, entre les victimisations croisées, entre la fuite du parti et la recherche du parti, entre tout ces malheureux désirs qui comme l’explique Girard ne sont pas pour eux-mêmes mais uniquement parce que les autres les ont désirés.

Ceux qui sentent la profonde stérilité de ce narcissisme collectif ne peuvent pas ne pas rêver de grands espaces, de nouvelles traces, d’ailleurs renouvelé. Mais pour sortir du tourbillon du désir mimétique, on ne peut se satisfaire de nouveaux désirs qui seront aussi prestement imités. Il faudra s’écarter radicalement du mimétisme de la dernière présidentielle, c’est-à-dire n’être ni l’ancienne candidate ni ses anciens opposants, ni rejouer l’assaut du dehors ni avoir déjà été haut dirigeant, ni fredonner la rengaine de la nouvelle garde ni déclamer la protection de l’ancienne.

C’est du cœur du parti que devra naitre une nouvelle forme de légitimité.

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2 réponses à to “Les désirs mimétiques du Parti Socialiste”

  1. tonton dit :

    Narcissisme collectif ou bien peur panique du déviationisme, chacun n’osant innover de peur de se faire aligner?

    Le Parti Socialiste semble être aujourd’hui auto-paralysé, état assez naturel que l’actuel Premier Secrétaire a passé l’ensemble du dernier quinquennat à construire pour mieux… ne pas rebondir.
    A mon sens, François Hollande ne se sentant pas assez fort pour battre ses rivaux a choisi de les affaiblir un par un. En sniper de très haut niveau, il a réussi à ce que plus aucune tête ne dépasse. Le malheur pour le PS est qu’il n’a pas réussi à en profiter. Dans le cas contraire, il aurait pu amener le PS sur ses idées (à défaut de les imposer). L’échec final de sa non-candidature a invalidé l’ensemble de son initiative ; d’ailleurs, tout le monde relit aujourd’hui durement ses dix ans de PS à la lecture de sa piteuse fin d’exercice.
    Mais son échec n’a pas pour autant annulé les effets de cette stratégie, au contraire: on le constate (plus qu’on ne le voit…) tous les jours.

    Reste la question fondamentale: est-ce que ce cet état apathique, que l’absence de Congrès interne (dans un parti politique structuré par ces rendez-vous rythmant les calendriers démocratiques) n’aide pas à dépasser, est-ce que cet état…
    - …traduit une simple reprise de souffle après un long et difficile cycle électoral au PS (Référendum interne, TCE, désignation, élections présidentielles, législatives) ?
    - …annonce un grand rebattage de cartes (changement de génération avec l’arrivée de Delanoé, Royal et l’émergence des quadras en lieu et place de Hollande, DSK, Fabius et Jospin… en gros la fin des années Jospin et des effets directs sur les organigrammes internes des diverses promotions ministérielles) ?
    - …manifeste une crise d’identité plus sourde du PS, coincé entre Bayrou et Besancenot (comme le Figaro se plaît à le rappeler à longueur de page), désavoué à trois reprises et de manières très différentes par l’électorat (mépris, incompréhension, refus), même si respectivement Le Pen, le TCE et Sarko renvoient tous trois à la même difficulté du PS à construire son rapport au peuple (en particulier celui qu’on dit ‘peuple de gauche’)? On retrouve ici la crainte forcenée du déviationisme supposé (l’accusation de ‘social traître’ lancée par les communistes semble coller à la mauvaise conscience des socialistes), crainte qui, pour être surmontée, suppose d’être assez solide sur ses bases ‘idéologiques’ (je veux dire: ce dans quoi l’homme politique puise son engagement et sa lecture du monde, donc pas nécessairement un corpus doctrinaire constitué), ce dont peu de dirigeants socialistes donnent l’impression (on en demande beaucoup moins à la Droite… en tout cas il n’est dans ce cas là pas besoin de tenir un discours raisonnable pour qu’il soit crédible…). Peu, sauf quelques députés semblant capables, sur des sujets techniques et mineurs (pas sur les retraites ou la sécu en tous cas), d’articuler une pensée et des solutions ou… Royal, mais en s’écartant visiblement du mainstream socialiste!… Pauvre Parti Socialiste?

    Le mimétisme dont tu parles n’est ainsi, selon moi, qu’une des formes du mutisme généralisé.
    Enfin, je suis d’accord avec toi, Cratyle, quand tu dis que c’est du coeur du PS que devra naître une nouvelle forme de légitimité,… quant à savoir si elle pourra, si elle saura naître, quand et comment, c’est une autre question!

  2. cratyle dit :

    Il serait en effet dommage de refermer si tôt la question, même si certains ne me paraissent pas trop loins de pouvoir y répondre…

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