L’exigence politique et la pratique du pouvoir

N’exigerait-on pas plus des hommes politiques de gauche que de ceux du centre, plus de ceux du centre que de ceux de la droite?

Pour une même pratique du pouvoir -un individualisme radical se traduisant en autoritarisme forcené- les trois grands candidats de la dernière présidentielle semblent bien différemment traités. On s’habitue à l’absolutisme de Sarkozy, et ses opposants même paraissent se lasser de le dénoncer. On décortique le centralisme de Bayrou, et ses partisans ne sont pas les derniers à le déplorer. On dénonce enfin l’individualisme sans borne de Royal, et les tirs viennent de tous les camps: amusés, dépités, parfois très calmement et très précisément appliqués.

Il ne faut pas voir là l’effet des habituelles déformations médiatiques, de leur respect du pouvoir et de leur mépris de l’opposition. Moins encore –faut-il le préciser?- l’effet de cette immense conspiration éléphanto-machiste dans laquelle Royal croit vivre sa destinée. Il faut voir là quelque chose d’essentiel, qui tient au sens même de la politique.

Quelque écart que ces habiles jongleurs que sont les politiques mettent entre leurs discours et leur manière de diriger, ils ne se peuvent complètement extraire des valeurs de leur camp.  On n’est pas plus exigeant à gauche qu’à droite, mais on l’est selon des principes et des critères différents. Ici, on loue l’individu, on minimise l’importance des groupes, des classes, des collectivités. Là, on voit d’abord la société comme collectivité. Rien d’étonnant que les politiques de gauche s’appuient tant sur les associations, les collectifs, les mouvements: ils sont consubstantiels aux principes de gauche. Par delà les mots et les discours apparents, ils sont des réflexes quotidiens, des critères de jugement immédiat, des formes naturelles d’action et de réflexion.

Sarkozy, Bayrou et Royal ont des comportements politiques presque aussi hiérarchiques les uns que les autres, presque aussi verticaux, presque aussi peu collectifs. C’est que leurs valeurs profondes, leurs réflexes et leurs modes d’action, ils appartiennent tous profondément aux traditions de droite dans lesquelles ils ont été éduqués.

Ce ne sont donc pas leurs travers que l’on juge différemment, mais leur faculté, dans la pratique, de véritablement incarner leur camp.

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9 réponses à to “L’exigence politique et la pratique du pouvoir”

  1. tonton dit :

    au passage, Royal avait été moquée pour n’avoir aucune solution pratique aux problèmes des français sinon l’organisation de grandes discussions multipartites…
    Force est de constater, 6 mois plus tard, que tout le monde réclame des ‘Grenelle’ de ci, ‘Grenelle’ de ça, sur tous les sujets même les plus incongrus. Tiens donc…
    Et on note le même regret de l’absence de négociations en amont dans le cas des quelques décisions prises sabre au clair, celle-ci ayant débouché sur des contestations parce qu’elles n’ont pas été négociées, université et retraites par exemple (je ne parle pas de celles contestée pour leur caractère iniques, le paquet fiscal par exemple)

  2. tonton dit :

    (désolé pour le massacre grammatical)

  3. Nico2312 dit :

    @ Cartyle
    assez d’accord avec ton analyse
    et merci pour la citation :-) ))

  4. cratyle dit :

    @Tonton: c’est la différence entre le discours théorique et le discours pratique…

  5. Eric dit :

    Je ne suis pas d’accord avec ta conclusion. « Sarkozy, Bayrou et Royal ont des comportements politiques presque aussi hiérarchiques les uns que les autres »

    Ca revient à dire: tous pareils! C’est absurde!

  6. cratyle dit :

    Le comportement politique n’est qu’un facette d’un politique: il ne comprend ni ses opinions, ni les valeurs qu’il défend ouvertement.

    Ce n’est donc qu’un aspect d’un politique, mais c’est en effet un aspect essentiel. Force est de constater qu’au delà des slogans, les approches de Bayrou et de Royal, pour différentes qu’elles soient, ne laisse pas beaucoup de place à la délibération collective, au consensus, à la discussion démocratique. Je pense qu’en profondeur, tous deux ont un comportement politique de droite. Que l’on se demande si dans leur approche, ils tendent à imiter de Gaule ou Mendes-France…

    Avec Sarkozy on est bien sur à un niveau encore supérieur d’autoritarisme et de sens hiérarchique -d’où le « presque » de la phrase que tu reprends-. Les différences entre Sarkozy, Bayrou et Royal sont certes éclatantes, mais les similitudes -en particulier la profondeur de leur ancrage à droite- méritent à mon avis d’être remarquées.

  7. Je ne sais pas si c’est un comportement de droite, mais c’est le résultat en tout cas d’égos hyperdimensionnés selon moi, ce qui n’est pas une critique, il faut un sacré caractère pour arriver à la fonction suprême en France, c’est une simple constatation. Ils s’entourent d’équipes très réduites de fidèles et veulent garder le contrôle sur tout, ils ne font que reproduire un système pyramidale qui existe depuis bien longtemps.

  8. cratyle dit :

    Il est vrai que tout système politique tend à sélectionner des équipes présidentielles qui lui ressemble. La Veme étant profondément pyramidale…

    Cela dit, pour prendre des politiques de gauche au pouvoir récemment, le style politique d’un Mitterand ou d’un Jospin me semble bien loin de l’autoritarisme de Sarkozy -voire de Royal-. L’égo n’est certainement pas moins dimensionné, mais me parait s’exprimer différemment. Mais peut-être suis-je moi aussi victime d’effets de communication?

  9. tonton dit :

    Des mimétismes entre Sarko et Royal… alors qu’elle annonce avoir besoin d’un compagnon amoureux pour 2012 dans son dernier livre, voilà Sarko qui s’affiche avec Carla Bruni…

    Soyons un peu légers: Au petit jeu de la triangulation politico médiatique et après avoir stigmatisé ‘ces connards de St Germain des Prés’, il frappe fort… l’ancienne belle-fille de BHL et l’ex de Fabius… Patrick Sebastien, futur compagnon de Ségolène?

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