Archive pour décembre 2007

Les nouvelles photos de Carla Bruni et de Nicolas Sarkozy…

Lundi 17 décembre 2007

..ne sont bien sûr pas sur ce carnet.

- Les commentaires? Pas plus

- La stratégie de Sarkozy? J’en avais parlé

- La collisation des médias pepoles et des médias politiques? Mon avis reste ici

- Des liens vers d’autres carnets? Rien d’explicite, de sérieux, d’approfondi, de favorable ou de défavorable que vous n’ayez certainement déjà trouvé

Non, non, pas de curiosité sur un déjà si vieux sujet, si ce n’est celle des visites qu’un aussi joli titre sont suceptibles d’égarer…

Internet et l’avenir du modèle de gratuité

Mercredi 12 décembre 2007

Pour les médias de l’internet, le modèle économique de gratuité est-il le seul pérenne? Les alternatives sont-elles viables? Différents modèles pourront-ils coexister? Questions fort débattues, mais pour lesquelles l’analyse des modèles économiques des vieux médias me parait assez capable de produire quelques nouveaux éclairages. L’alternative entre offres payantes et gratuites est une constante de leur histoire, et les modèles économiques de gratuité y sont depuis longtemps stabilisés.

Télévision et radios se sont orientées vers des modèles de gratuité en raison de la nature bien particulière de leur structure de coûts. Pour ces médias, le coût de production et de diffusion d’un bien est indépendant du nombre d’utilisateurs -en jargon d’affaire, c’est un pur coût fixe-. En situation de concurrence, rien n’empêche l’un des protagonistes d’abaisser son prix de vente pour supplanter ses rivaux en audience. Cela affectera immédiatement son chiffre d’affaire, mais sera probablement compensé par un public étendu et donc par des revenus publicitaires accrus.

Indépendamment des revenus payants et de la publicité, l’audience est toujours la clé du succès d’un média. Elle lui permet de rassembler des équipes plus qualifiées, accroit sa notoriété, lui apporte prestige, reconnaissance et influence. La concurrence effrainée pour l’audience amenant naturellement à la gratuité, on comprend que radios et télévisions se soient le plus souvent engagées dans cette voie. Les services payants n’y ont pas complètement disparus, mais ils se sont concentrés sur des publics spécialisés.

Les entreprises internet possèdent la même structure de coût que les radios et les télévisions. Il n’est donc pas étonnant qu’elles aient été jusqu’ici plongées dans un état de relative gratuité – celle-ci ne concerne d’ailleurs pas les marchands de biens physiques, pour lesquels internet n’est qu’un canal commercial, mais l’essentiel des activités proprement médiatiques du réseau: la réalisation, le partage, l’édition de contenus écrits, audios ou vidéos -.

Avec la nouvelle génération d’internet, deux facteurs sont pourtant susceptibles de remettre en cause ce modèle

  • La composante sociale du web 2.0. A la différence d’un simple contenu médiatique, un réseau social n’est pas replicable et ne peut donc faire l’objet d’une concurrence frontale (voir la loi des medias sociaux)
  • La composante participative du web 2.0. En produisant leurs contenus, les internautes deviennent plus exigeants et plus sélectifs vis-à-vis de leurs outils de production. Ils sont susceptibles de payer pour assurer la qualité de leurs propres création (voir la dynamique des contenus amateurs et professionels). Il suffit de penser aux offres payantes des plateformes de blogs et des différents services attachés.

Jusqu’à présent, la stratégie de Google à largement limité l’effet de ces tendances. Conscient que sa position centrale tient à la prééminence des revenus publicitaires – non sans paradoxe - et donc au modèle de gratuité, le géant d’internet a systématiquement développé des offres gratuites pour concurrencer tout nouveau produit internet susceptible d’échapper à la gratuité.

Les efforts quelque peu prédateurs du plus célèbre moteur de recherche du web – et surtout de sa première régie publicitaire – suffiront-ils à enrayer l’arrivée à maturité de la nouvelle génération d’internet? Il est permis d’en douter.

Le web perdra-t-il sa dynamique d’ouverture et de partage avec le développement de contenus payants? C’est presque inimaginable.

Le développement de l’internet social et participatif produit trop de richesses nouvelles et de manière trop décentralisée pour qu’un système de rémunération direct de ces richesses ne se puisse développer, et donc que le modèle actuel d’apparente gratuité y demeure hégémonique.

Les véritables questions portent donc sur le tempo et sur la nature des systèmes de rémunération qui s’ajouteront au modèle de gratuité. Nul doute qu’ils ne préservent l’ouverture du web, car c’est la condition même de leur succès. Nul doute qu’ils ne fassent eux-même l’objet d’une grande créativité.

Du pouvoir sur internet

Lundi 10 décembre 2007

Puisque toute nouvelle forme d’organisation est une nouvelle manière de distribuer et d’exercer le pouvoir, il faudrait se demander comment le pouvoir de l’internet est distribué, qui l’exerce, quelles en sont les modalités. Il étonnant de voir combien peu la question des pouvoirs sur internet est abordée.

Les désirs mimétiques du Parti Socialiste

Vendredi 7 décembre 2007

S’ils voulaient se tendre un miroir, les responsables du Parti Socialiste, ses commentateurs et surtout ses militants devraient lire et relire René Girard.

C’est que dans le grand parti de la gauche, le désir mimétique parait avoir tout emporté. C’est que l’on n’y semble vouloir exclusivement ce que ce que les autres veulent, y éviter très précisément ce que les autres évitent, dans un jeu de miroir sans fin, dans  un infernal tourbillon où les acteurs de la dernière présidentielle semblent irrésistiblement aspirés.

On se perd d’admiration des infinies symétries entre la candidate et le premier secrétaire, entre la compagne et le compagnon, entre les éléphants et les gazelles, entre les rénovateurs et les autres rénovateurs, entre les insultes narcissiques blessantes et les déclarations narcissiques blessées, entre les cultes de l’image, entre les victimisations croisées, entre la fuite du parti et la recherche du parti, entre tout ces malheureux désirs qui comme l’explique Girard ne sont pas pour eux-mêmes mais uniquement parce que les autres les ont désirés.

Ceux qui sentent la profonde stérilité de ce narcissisme collectif ne peuvent pas ne pas rêver de grands espaces, de nouvelles traces, d’ailleurs renouvelé. Mais pour sortir du tourbillon du désir mimétique, on ne peut se satisfaire de nouveaux désirs qui seront aussi prestement imités. Il faudra s’écarter radicalement du mimétisme de la dernière présidentielle, c’est-à-dire n’être ni l’ancienne candidate ni ses anciens opposants, ni rejouer l’assaut du dehors ni avoir déjà été haut dirigeant, ni fredonner la rengaine de la nouvelle garde ni déclamer la protection de l’ancienne.

C’est du cœur du parti que devra naitre une nouvelle forme de légitimité.

Du poids des arguments

Jeudi 6 décembre 2007

On a bien tord de s’étonner lorsque la force d’un argument, même que l’on croit de pure raison, n’emporte pas la conviction de notre interlocuteur. Que l’on considère la plasticité des mots et la mouvance des représentations et l’on verra que le mystère repose plutôt dans ce qu’un argument ait une seule fois su gagner une discussion.

L’exigence politique et la pratique du pouvoir

Mercredi 5 décembre 2007

N’exigerait-on pas plus des hommes politiques de gauche que de ceux du centre, plus de ceux du centre que de ceux de la droite?

Pour une même pratique du pouvoir -un individualisme radical se traduisant en autoritarisme forcené- les trois grands candidats de la dernière présidentielle semblent bien différemment traités. On s’habitue à l’absolutisme de Sarkozy, et ses opposants même paraissent se lasser de le dénoncer. On décortique le centralisme de Bayrou, et ses partisans ne sont pas les derniers à le déplorer. On dénonce enfin l’individualisme sans borne de Royal, et les tirs viennent de tous les camps: amusés, dépités, parfois très calmement et très précisément appliqués.

Il ne faut pas voir là l’effet des habituelles déformations médiatiques, de leur respect du pouvoir et de leur mépris de l’opposition. Moins encore –faut-il le préciser?- l’effet de cette immense conspiration éléphanto-machiste dans laquelle Royal croit vivre sa destinée. Il faut voir là quelque chose d’essentiel, qui tient au sens même de la politique.

Quelque écart que ces habiles jongleurs que sont les politiques mettent entre leurs discours et leur manière de diriger, ils ne se peuvent complètement extraire des valeurs de leur camp.  On n’est pas plus exigeant à gauche qu’à droite, mais on l’est selon des principes et des critères différents. Ici, on loue l’individu, on minimise l’importance des groupes, des classes, des collectivités. Là, on voit d’abord la société comme collectivité. Rien d’étonnant que les politiques de gauche s’appuient tant sur les associations, les collectifs, les mouvements: ils sont consubstantiels aux principes de gauche. Par delà les mots et les discours apparents, ils sont des réflexes quotidiens, des critères de jugement immédiat, des formes naturelles d’action et de réflexion.

Sarkozy, Bayrou et Royal ont des comportements politiques presque aussi hiérarchiques les uns que les autres, presque aussi verticaux, presque aussi peu collectifs. C’est que leurs valeurs profondes, leurs réflexes et leurs modes d’action, ils appartiennent tous profondément aux traditions de droite dans lesquelles ils ont été éduqués.

Ce ne sont donc pas leurs travers que l’on juge différemment, mais leur faculté, dans la pratique, de véritablement incarner leur camp.

Qu’est-ce qu’un média?

Lundi 3 décembre 2007

Il est certain qu’à vouloir catégoriser les médias, à proposer des lois d’influence médiatique, ou à rêver à leurs développements futurs, je rôde sans cesse autour de leur définition sans précisément la nommer. Peut-être sera-t-il finalement utile de suivre les dernières discussions et de proposer une définition des médias, même trop rapidement tracée?

Faute de temps pour décrire le bataillon hétéroclite des théories médiatiques existantes, je me concentrerai sur trois sujets: les exigences d’une définition, la proposition de définition elle-même, et quelques applications immédiates, dont l’articulation des trois grandes catégories de médias issues du précédent billet.

Pour être utile, une définition des médias doit éviter deux tentations opposées: d’une part la tentation d’un matérialisme restrictif, qui confond le média et la technique sur laquelle il s’appuie, ne voyant par exemple dans un livre que la technologie permettant de l’imprimer, et d’autre part la tentation d’une généralisation illimitée, ou tout devient média, car tout au fond médiatise un échange, une action ou une idée. On peut certes croire que « le média c’est le message », mais cela ne permet pas véritablement d’en isoler la nature.

Pour être pertinente, une définition des médias doit embrasser à la fois les faits proprement technologiques et les pratiques sociales. Elle doit s’adapter indifféremment aux formes de médias les plus anciennes et aux développements contemporains: le forum romain, la télévision, les moines copistes, les traditions orales, l’internet… etc.

Voici donc un premier essai de définition: est média tout assemblage de règles techniques et sociales qui assure l’existence d’une discussion.

Si l’on suit cette idée, une institution (une organisation) est toujours en soi un média, car elle établit les règles d’échange d’informations, les droits réciproques des interlocuteurs,… etc. Par exemple, un syndicat est par excellence un média : c’est une organisation qui assure la remontée des revendications, leur synthèse, la diffusion des mots d’ordres et des positions.

Corolaire immédiat, rien n’empêche un média de s’appuyer sur d’autres médias. Comme tout système de règles, les médias se superposent et s’entrecroisent sans nécessairement se substituer. Ainsi un syndicat utilisera la poste, le téléphone ou l’internet, s’appuie sur d’autres organisations pour diffuser ses messages et ses revendications.

La division de l’histoire médiatique en trois ages découle directement de cette définition. Pour voir apparaitre les trois âges et les trois catégories de médias qui leur correspondent, il suffit de les classer selon leur finalité.

Le premier âge est celui où les médias sont essentiellement des organisations. La parole et le message se diffusent au sein du groupe, au sein de l’église, au sein du théâtre. La fonction médiatique n’est pas la raison d’être de ces groupes, elle n’est qu’une conséquence de leur fonctionnement. Le premier âge médiatique est donc celui où la discussion est soumise à l’objectif de l’organisation qui l’abrite.

Le deuxième âge est celui où les médias se libèrent des objectifs de ceux qui leur ont donné naissance. Alors que les moines copistes existaient d’abord comme ordre monastique, la finalité première des imprimeurs a toujours été… d’imprimer.

Au fil du deuxième age, les médias se libèrent donc des éléments extérieurs à la discussion, mais ils restent soumis à de petites communautés de producteurs (littérateurs, journalistes, professionnels divers,…) qu’ils maintiennent et qui les maintiennent. Cette division entre producteurs et récepteurs hiérarchise profondément la discussion.

Le troisième âge médiatique -le notre- est celui où les médias se libèrent finalement de la division entre ceux qui produisent le message et ceux qui le reçoivent. La discussion n’y est plus limitée que par elle-même, par les règles qu’elle se donne et par les messages qu’elle construit. Elle se libère ainsi de la hiérarchie des producteurs, des distributeurs et des lecteurs.

Le Web participatif, les réseaux sociaux, les développement Open Source ne sont que les premiers indices d’un mouvement bien plus large: nous rentrons dans l’âge médiatique de la démocratisation.